Année 2015 ... très triste pour l'ADM

A la fin des années 2000,  à Melga, le village se développait, l'école réussissait, les enfants de Melga poursuivaient des études à Kayes, à Bamako, le marché s'installait, les robinets d'eau potable existaient, le village, poste de frontière avec la Mauritanie, voyait les policiers avoir leur propre médecin, l'établissement du 2d degré était en projet ainsi que les logements d'enseignants, Internet arrivait, l'aéroport de Kayes était réhabilité et une ligne directe Paris(Orly) - Kayes envisagée...

Et il y a eu cette guerre... loin, loin de Melga au Nord-Est du Mali mais qui a eu de grandes répercussions. En 2012 Aigle Azur annule les vols réguliers qui ont existé quelques mois entre Paris et Kayes et même Air Mali annule ses vols réguliers en aout 2012 entre Bamako et Kayes ! Les fonctionnaires ont été de plus en plus mal payés d'où une situation de plus en plus difficile : les enseignants ont quitté leur poste surtout dans des villages comme Melga (à 80 km de Kayes), les policiers se sont mêlés d'affaires traitées autrement avant par les familles ou les chefs coutumiers, l'impôt dans la région de Kayes a augmenté (la région de Kayes avec ses migrants était celle qui versait le mieux l'impôt à l'état). Comme l'a constaté en mars 2015 la délégation de la commission TP de l'Assemblée Nationale, pour que l'aéroport reprenne du service, il faudrait que le chantier du dépôt de carburant avance... et elle a constaté la dégradation de la route Bamako-Kayes, inimaginable dans la section Bamako-Didiani-Diema... sans parler du pont de Kayes. Mais la région de Kayes ne semble pas prioritaire !

Ajoutez à cela quatre années de sécheresse entrainant de mauvaises récoltes, une communauté de migrants qui s'appauvrit, rencontre le chômage et dont les charges (familles ici et là-bas) augmentent toujours.

Et devant l'absentéisme des enseignants, certaines familles ont même envoyé des mineurs à l'étranger afin qu'ils sachent au moins lire et écrire le français.

Le "collège" était construit mais les élèves manquent. Peu d'élèves sortent de l'école primaire, le niveau étant insuffisant, et ceux qui ont de la famille dans les villes voisines y envoient leurs enfants. Rejoindre légalement un père en France peut demander jusqu'à 18 mois de démarches, on comprend que ce qui ne s'était jamais passé, des "enfants" de Melga ont choisi la voie des passeurs pour aller ailleurs se construire un avenir meilleur....

Et ainsi, fin 2014, nous avons eu les premières arrivées par bateau... puis en avril 2015, ce naufrage (26 jeunes de Melga) dont on se remet difficilement. Merci aux donateurs qui ont permis de distribuer comme participation aux funérailles la somme de 2000 euros aux familles endeuillées. Ce geste a montré au village que l'ADM partageait leur rite au moment du décès et voulait honorer ces défunts.

Cela fait deux années que les membres africains de l'ADM ne veulent pas dépenser l'argent que nous avons en trésorerie. Se sentant incapables de faire face à une dépense extraordinaire (maintenance de bâtiment...), ils veulent garder cet argent en secours. Pourtant, il a été décidé qu'il fallait faire la clôture autour de l'école et construire une maternité aux normes, même si cela devait plus qu'entamer notre budget ! Le Centre médical, en ce moment, s'autofinance (malheureusement du fait des diarrhées, de crises de paludisme...). Faisant partie du CSCOM de Sérénaty, le Centre reçoit les vaccins. Pour le moment, voyant les problèmes de paiement des fonctionnaires et les difficultés des CSCOM voisins, Melga préfère surseoir à sa demande et garder son autonomie.

Nous avons cru, il y a trois ans que des jeunes pourraient reprendre le flambeau de l'ADM mais c'était oublier que plusieurs travaillent dans la restauration et ne peuvent être présents à des réunions le samedi, et que les derniers arrivés ont besoin de temps pour comprendre comment, ici, ils peuvent s'engager. Donnons leur ce temps pour avancer sur le chemin que leurs ainés ont parcouru. Et je terminerai en citant Omar : "le développement sert à changer de mentalité, ce qui est nécessaire pour évoluer. L'ADM vit même si on n'est pas nombreux à travailler, à résister... Une vie d'homme passe par des fatigues, des maladies, c'est de même pour une association. L'ADM est en ce moment fatiguée mais elle vit !"